La
famille Frèrejean
est originaire du Val d'Aoste où elle était déjà
Maître de forges.
Son blason provient de Lorenzo, l'ancêtre qui avait choisi la France
en servant d'intercesseur à Charles VIII pour trouver des fonds à
l'armée (1495).
La souche de la famille actuelle est de Lyon où un certain Pierre
fut canonnier d'antan et arma la flotte du Rhône (1557). |
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Jean-Marie Frerejean,
maître-chaudronnier à Pont de Vaux épousa Jeanne Desvignes
et eut cinq enfants dont l'ainé Antoine
en 1736.
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Ce
dernier fit des études de 1747 à 1752 au Collège Royal
de Pont de Vaux puis entreprit l' apprentissage des métiers du cuivre
,tout d'abord à la forge paternelle, puis à Lyon chez le Maître
chaudronnier Courtois, dont la forge spécialisée dans le travail
du cuivre était située sur les quais de Saône à
proximité des Terreaux.
Le 25 juillet 1758 il
épousa Benoîte Berger, belle fille de Maître Courtois
et reprit l'ensemble de ses ateliers lyonnais à l'âge de vingt
deux ans. |
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Ils eurent deux fils
Georges (06 octobre1760)et Louis
(08 août1762)qui firent tous deux leurs études au collège
de la Trinité à Lyon (1770-1778). |
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Pendant
quinze ans Antoine Frèrejean sillonna l'Angleterre, le Saint Empire
et la Hongrie et devint l'un des premiers négociants de cuivre d'Europe
(dont le fil de cuivre jaune de Namur et de Dinant).
Il importa du cuivre d'Angleterre de qualité inconnue en France et
le revendit aux autres martinets. |
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Dans les années
1770, il consacra une partie importante de sa production à la passementerie
de cuivre qui connut alors un très fort développement.
Il devint expert
dans le martelage et la repousse du cuivre ; son esprit curieux le conduisit
à collaborer aux recherches de Monsieur de Buffon sur la théorie
de la chaleur et aux expériences des mines de Chessy dans la vallée
de l'Azergue.
Alors lui vint le désir de créer sa propre forge, mais pour
cela il fallait être en dehors d'une ville.
En juin
1774 il visita le domaine du procureur Colombe à Pont
Evêque qui était en état de délabrement
et en fin de droits d'exploitation.
Il obtint une nouvelle
autorisation d'exploitation du Grand Maître des Eaux et Forêts
en s'engageant à n'utiliser que du charbon de bois de châtaignier
pour ne pas léser les charbonniers de la région et ne pas
priver les habitants de leurs sources de chauffage.
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Cette ancienne forge
à cuivre devint par sa situation exceptionnelle ((charbon de Saint
Etienne, réseau de canaux et de rivières, expertise de la
main d'uvre locale au travail des métaux depuis 2 siècles
(fabrication d'épées et d'ancres de marine)) un des fleurons
pendant cent ans de l'empire industriel des Frerejean.
La renommée commencera par les chaudières fabriquées
pour les teinturiers de Lyon et celles servant au raffinage des cannes
à sucre à St Domingue.
Fortune sera faite suite aux commandes reçues à l'occasion
de la guerre d'indépendance des Etats-Unis(( pour doubler la coque
de 25 navires de guerre de plaques de cuivre pour éviter le pourrissement
des coques en bois dans les mers chaudes des Antilles (gland des mers)).
En 1781 Antoine Frerejean
sollicita du Consulat de Lyon le droit de bourgeoisie octroyé jadis
à ses aïeux.
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| Il
fit réaliser dans les ateliers du suisse Jean Moritz à Vaise
le premier bateau à vapeur de l'histoire sur les plans de Jouffroy
d'Abans ; avec son fils Georges ( passionné de mécanique)
ils résolurent le problème de la transmission du mouvement
des pistons aux roues à aube par une chaîne à double
crémaillère et le 15 juillet 1783 le Pyroscaphe remonta la
Saône de Vaise à l'île Barbe sous les applaudissements
de plusieurs milliers de lyonnais ; malheureusement, par jalousie Constantin
Perrier refusera les subventions nécessaires aux améliorations
et le projet sera abandonné. |
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A l'âge de vingt
trois ans, Louis se rendit en Angleterre
pour " espionner " les techniques utilisées pour obtenir
le cuivre rouge de Chessy, en Cornouailles.
A cinq ans de distance
Georges et Louis épousèrent
les deux surs Grange, Jeanne et Aimée, filles d'un célèbre
teinturier lyonnais.
Le 22 mai 1789 Antoine Frerejean meurt dans
son domaine de Crécy à Saint Cyr au Mont d' Or (acheté
en 1781), laissant ses forges à ses deux fils qui se révélèrent
de grands métallurgistes.
En 1791 ils achetèrent
la forge des Chartreux à Lyon.
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L'année suivante
les Frères Frerejean fondirent leurs
premiers canons dans les ateliers de la rue Vielle, d'abord pour la municipalité
" patriote " puis pour la municipalité contre-révolutionnaire.
Le 1er septembre 1793, les deux frères décidèrent
d'enfouir cent canons, de briser les moules et les fours de leurs forges,
et d'abandonner la contre-révolution en quittant Lyon.
Le 25 frimaire an II, le comité de salut public félicita
les frères Frerejean de leur attitude
patriotique et décida de leur attribuer une somme de quarante mille
livres pour leur permettre de créer à Pont-de-Vaux une fonderie
de canons.
Pendant deux ans à Pont-de-Vaux ils produisirent plus de huit cent
canons de grande qualité pour soutenir les armées de la
République grâce au métal des cloches des villes et
villages de l'Ain et de Saône et Loire ; la fonderie était
installée place Maubert, face à l'Ancienne forge Frerejean,
dans l'ancien couvent des Ursulines; elle continuera à usiner des
canons jusqu'en juillet 1796.
Malgré leur
repli à Pont-de-Vaux, les deux frères ne cessèrent
de penser à l'extension de l'établissement des bords de
la Gère ; En juillet 1794 ils avaient acheté à leur
voisin Vincent Plantier une forge à cuivre et en août 1800
ils louèrent à Vincent Meunier une forge et ses dépendances,
un bel ensemble qu'ils acquirent deux ans plus tard.
Désormais propriétaires de larges terrains au bord de la
Gère, les Frerejean pouvaient soumettre en 1803 à l'administration
les plans d'une nouvelle et vaste usine où ils s'engageaient à
appliquer " les grandes moyens de mécanique pour de nombreuses
manipulations de cuivre rouge en même temps que la substitution
de la houille au charbon de bois " ; Les travaux se prolongeront
cinq ans. Mais c'est un véritable ensemble industriel qu'ils feront
bâtir: il comprendra cinq ateliers municipaux, un pour le cuivre,
un pour le plomb, deux ateliers avec marteaux et feux de forge, un autre
avec four à réverbère et laminoirs. Trois corps de
bâtiments avec jardins prévus pour loger les ouvriers et
leurs familles. George et louis logeaient dans la maison de l'uvre
; " de là les maîtres de forges pouvaient contempler
leur domaine
ils voyaient les murs qui entouraient totalement l'usine,
dissimulant au monde extérieur cet univers métallurgique
.Le
canal de la Véga apportait l'indispensable force électrique
en faisant tourner douze roues autour desquelles étaient
placé dix-huit hauts fourneaux, trois laminoirs et trois martinets
".
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De 1800 à 1810
l'usine de Pont Evêque
produisit du cuivre rouge (pour les besoins de l'industrie et de la marine
française), du plomb laminé et du cuivre jaune. Une unité
de production de canons y fût également créée
en 1808 et permit la réalisation de plusieurs centaines de pièces.
A cinquante ans George
estima avoir comblé ses ambitions de métallurgiste et prît
goût aux affaires publiques ; Il entra au Conseil Municipal de Lyon
(pour s'occuper des problèmes de voierie et d'urbanisme) et prît
part à l'administration des Hospices, avec son épouse, avec
courage et détermination.
Cette générosité fût également appliquée
aux ouvriers de l'usine de Pont-Evêque.
" Il s'occupait activement des caisses de bienfaisance, du logement,
de l'éducation et de la santé à tel point qu'on le
surnomma " le père des ouvriers " et quand, plus tard
on inaugura l'église du bourg, on plaça tout naturellement
le nouvel édifice sous la protection de Saint Georges ".
Il fût un des
premiers membres du Conseil des Arts et Manufacture composé des
trente plus importants industriels de l'Empire créé par
Napoléon Ier en 1810. L'empereur pour le récompenser de
ses réalisations le nomma colonel d'artillerie à titre honoraire.
C'était également
un amateur d'art et constitua une impressionnante collection de tableaux
des écoles hollandaise et flamande ; il sauva de la fonte les grilles
et ornements de la ville de Nuremberg qui furent d'abord installés
dans sa demeure à Saint Cyr au Mont-d'or puis dans le château
de Montrottier.
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"
Louis était bien différent de son frère ainé.
Il incarnait pleinement, et sans état d'âme, cette société
napoléonienne fondée sur le profit et la propriété
..S'il
n'était guère tenté par une carrière publique,
il échafaudait de grands projets pour les forges, rêvant
d'ajouter la sidérurgie au traditionnel travail du cuivre
.il
songeait à rivaliser avec le Creusot en instaurant à Pont-Evêque
des hauts fourneaux au coke ".
Louis
se passionna par la découverte d'une mine de fer à La Voulte.
Ayant analysé les causes des difficultés du Creusot et sûr
de l'avenir de la métallurgie (selon l'exemple anglais) ; il uvra
pour obtenir le transfert de la concession que Napoléon lui accorda
par décret signé à Moscou en 1812.
Pour limiter les risques
et assurer pleinement la responsabilité de ses choix, il décida
de tenter l'aventure seul. C'était la fin des " Frerejean
frères ". Les deux usines étaient de valeur inégale.
Louis se contenta de la petite forge de la rue Vielle et obtint ainsi
une forte somme en numéraire, bien nécessaire pour remettre
en marche la mine ardéchoise.
L'année 1818
allait chambouler la prospérité : effondrement de l'empire,
suppression du blocus.
Pont-Evêque
ne fut pas épargné ; pour pallier à l'arrêt
des forges Georges proposa d'occuper les
ouvriers à construire une maison de maître et un nouvel atelier
.
Georges
salua Louis XVIII alors que Louis espéra
le retour de Napoléon. Georges fut décoré de la légion
d'honneur.
Louis
s'échina pour maintenir ses droits rue Vielle et s'associa à
Théophile de Chevron-Villette pour faire " rouler " le
haut fourneau de Giez et y établir un laminoir pour la tôle
et le fer-blanc.
En 1817 il acquiert la forge de Cran près d'Annecy qui devint rapidement
le premier centre métallurgique du royaume de Piémont-Sardaigne.
Il refusa la nationalité italienne.
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A nouveau il fallut
connaître les méthodes britanniques ; il fut convenu que
Louis de Gallois et Louis-Marie Frerejean (fils ainé de Louis)
iraient étudier les exploitations anglaises. Là ils découvrirent
le chemin de fer. En mai 1817 ils rentrèrent avec des projets pleins
la tête et trouvèrent l'exploitation de Louis en Savoie trop
étriquée.
Ils visèrent alors l'exploitation de la concession de Terrenoire,
près de Saint Etienne.
Le 28 juin 1819 fut
créée la société " les forges et fonderie
de Louis Frerejean et fils .
Les détenteurs des parts étaient Blumenstein, Roux, les
Frerejean et des aristocrates lyonnais désireux d'investir dans
l'industrie naissante.
Le premier objectif du groupe fut d'élever un haut fourneau à
Vienne sur l'île de la Roche et les premiers essais furent confiés
à Louis-Marie. Le 3 février 1819 eut lieu la mise à
feu du haut fourneau.
Sous la responsabilité
de Louis-Josephin (autre fils de Louis), la forge de la rue Vielle fut
totalement consacrée à la fonte des cloches Pacard ; le
père avait transformé des cloches en canons et le fils fondait
des mortiers en cloches, revanche de l'histoire !
Si les affaires de
Louis à Lyon et en Savoie prenaient
une bonne tournure, celles de Vienne et de Terrenoire s'essoufflaient
dans une course au gigantisme. Il fallut augmenter le capital en modifiant
la structure des Forges et Fonderies Louis Frerejean et Fils. Elle devint
le 11 janvier 1821 la première société anonyme créée
à Lyon. Elle s'appela Fonderies et Forges de Loire et Isère.
Louis-Marie dessina
les plans de la fonderie de Terrenoire destinée à convertir
en fer malléable la fonte produite à Vienne, y installa
cinq machines à vapeur et douze paires de cylindres de laminoirs
confectionnés à Vienne, une soufflerie, huit fours de réchauffage,
plusieurs martinets et fit venir d'Angleterre une cinquantaine d'ouvriers
spécialisés.
Une des premières décisions de la société
fut une demande pour la construction d'une ligne de chemin de fer reliant
le Rhône à la Loire.
2 ans plus tard Louis XVIII signa l'ordonnance accordant aux 3 concurrents
la concession de 18 km entre Saint-Etienne et Andrezieux, premier chemin
de fer français.
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Pour survivre la société
familiale due avoir recours à de nouveaux fonds (notables de l'aristocratie,
de la politique et de l'armée) pour réaliser ses projets
ambitieux et se mua en compagnie première de la région et
seconde du royaume.
Toutefois le transport
du minerai de fer de la Voulte à Vienne s'avéra extrêmement
coûteux, les essais de fabrication de fonte à Vienne décevants
et la production du haut fourneau encore insuffisante pour alimenter la
forge de Terrenoire.
De plus la compagnie se heurta à des difficultés dans l'instruction
des demandes de concession.
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Compte-tenu
de ces multiples entraves Louis se retira de
l'affaire et se consacra à ses affaires en Savoie avec deux de ses
fils Louis-Marie et Benoît .
Au préalable, Louis-Marie avait laissé
des plans et des indications précises permettant des constructions
impressionnantes qui transformèrent le site minier de La Voulte ce
qui lui valut une médaille d'Or. |
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Le 29 janvier 1832
Louis s'éteignit rue Vielle en présence de ses quatre enfants
: Louis-Marie, Josephin, Benoît et Marie-Benoîte.
Josephin céda
rapidement la fonderie de cloches lyonnaises.
Louis-Marie dirigea
techniquement les ateliers de Cran et Benoît s'occupa de multiplier
les débouchés et les sources d'approvisionnement.
Louis-Marie mourût à 56 ans subitement alors qu'il faisait
du cheval.
Benoit deviendra propriétaire
de l'ensemble de Cran 1 an plus tard.
Après la réunification à la France en 1860, la manufacture
textile de Cran déclinera rapidement et quatre ans plus tard licenciera
4000 employés ; Les forges perdant d'un coup leurs débouchés
licencieront les 2/3 de leur personnel. Il fallut se contenter d'affiner
et de mouler de la fonte étrangère.
Benoit
se retira dans
l'Ain à 62 ans, l'un de ses fils Francisque ayant abandonné
les forges pour se faire juriste et défendre passionnément
la cause des Bourbons, l'autre fils Stanislas ayant échoué
dans le projet de recréer une forge à Reyne dans les Pyrénées
orientales suite à l'invention du four Bessemer.
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Pendant
ce temps Georges maintenait la tradition
du cuivre à Pont-Evêque.
L'usine s'était encore étendue et utilisait les plus récentes
innovations. Il poursuivait ses activités pour les transmettre
à son fils Georges-Louis.
Le
jeune homme était brillamment sorti de Polytechnique à l'âge
de vingt et un ans. Epris de chimie comme de métallurgie il échafaudait
chaque jour de nouvelles combinaisons techniques pour améliorer
le travail et la production de Pont-Evêque. Sa passion le tua le
2 janvier 1822 lors d'une explosion dans son laboratoire.
Pour
Georges, après la mort de son épouse,
ce fut un nouveau choc mais il conserva ses activités en pensant
à son cadet Victor pour continuer
à entretenir le feu de la forge.
Il fit de Pont-Evêque l'une des toutes
premières forges du royaume comme le confirmera l'ingénieur
Gueymard : " c'est le plus bel établissement de ce genre que
nous ayons en France et il rivalise avec avantage avec ceux qui existaient
en Angleterre pour la beauté et le fini des ouvrages en cuivrerie
".
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Victor
ressemblait un peu à son père physiquement . A 21 ans il s'apprêtait
à reprendre la direction de cet important complexe ; Il répétait
avec orgueil que si le destin familial n'avait pas fait de lui un maître
de forges il serait parti à Paris pour rejoindre les peintres de
Montmartre. Comme son père et son grand-père il sacrifia au
rite du voyage en Angleterre. Il amassa une foule de renseignements techniques
et précis qui furent publiés dans les Annales des mines de
1826, tout en croquant les scènes romantiques de la campagne anglaise. |
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Il assista le 30 juillet
1827 avec son père et son oncle à l'inauguration de la première
ligne de chemin de fer ; ils ne perdirent pas une miette de ce spectacle
; s'il l'on parvenait à faire venir jusqu'à Pont-Evêque
un pareil chemin de fer les multiples problèmes de transport des
matières premières seraient définitivement résolus.
Louis pour sa part songeait avec nostalgie
que le chemin ferré avait été en grande partie confectionné
dans ses anciens ateliers de Vienne.
Lors de l'exposition
des produits de l'industrie à Paris une médaille d'Or récompensa
le travail de Pont-Evêque.
Georges
vivait de plus en plus cloitré dans sa maison de Pont-Evêque.
" Alité derrière les murs épais de cette petite
citadelle qui paraissait garder les forges, il se mourait lentement tandis
qu'en contrebas les cheminées fumaient ; parfois, péniblement,
il se levait, se dirigeait vers la fenêtre et observait le lent
mouvement des ateliers. Pendant un long moment il regardait ce qui avait
été sa vie
.Il pensait à son père venu
de Pont-de-Vaux, il revoyait comme par éclairs les troubles de
la Révolution, les instants où l'on avait frôlé
la mort et la ruine, et puis les espoirs nés de l'Empire et la
Restauration
.Que de bouleversements, que de changements, que de
tempêtes dans lesquels il avait fallu maintenir le cap !
Paisiblement, Georges rendit l'âme le 20 janvier 1831, à
71 ans. On ramena le corps à Saint-Cyr et les funérailles
furent conduites par Victor et son gendre André Lorin conseiller
général de l'Ain et député de Trévoux.
En plus du numéraire il léguait à ses enfants l'usine
de Pont-Evêque, une vaste maison à
Lyon, le domaine de Saint-Cyr au Mont-d'or et une propriété
près de Bourg.
Lors du soulèvement
des canuts, Victor fut élu capitaine
dans la Garde nationale et conseiller municipal de Lyon. Il parvint à
préserver la vie de Jean Guignol qui, malheureusement fut éventré
le lendemain par une autre troupe.
.
Régulièrement il allait prendre les eaux à Cauterets
avec ses cousins Roux et leur fille Madeleine qu'il finit par épouser
en 1837.
Les lignes à
construire étaient dévoreuses de fer et Victor
savait que seule la sidérurgie lui permettrait de participer à
cette aventure, le cuivre appartenant au passé.
Pour ce, il avait besoin d'une source de fer point trop éloignée
de Pont-Evêque ; il se mit à
sonder le sous-sol de la région et détecta un gisement ferrugineux
à Saint-Quentin-Fallavier.
Il garda une seule idée en tête : faire venir le chemin de
fer aux portes de ses ateliers et maintenir le protectionnisme.
Pour plaider cette cause il fallait se trouver au cur de la politique.
En février 1842 il se présenta comme député
à Vienne mais Il fut malheureusement battu de quelques voix et
ne put participer au débat sur la loi-programme des chemins de
fer. Le 6 juin de la même année six lignes en étoile
étaient dessinées au départ de Paris et une seule
transversale : Bordeaux- Avignon ; rien n'avait été prévu
pour désenclaver Pont-Evêque.
Victor
abandonna ses ambitions politiques pour se consacrer à ses projets
industriels.
En 1844 il reçut la légion d'honneur des mains de Louis-Philippe.
En janvier 1842 il
fait construire un haut fourneau d'essai et toute l'année s'échina
à mener des expériences de fusion sur le minerai de st Quentin,
travail qui permit à son esprit créateur de s'exprimer.
Pour un temps il s'établit dans la maison
de l'uvre.
Le 1er décembre, les essais étant concluants, il déposa
une demande auprès du Préfet pour 2 hauts fourneaux à
Pont-Evêque et 2 autres à Saint-Quentin
,ce qu'il obtint pour Pont-Evêque.
Désormais, l'usine transformait quatorze tonnes de fonte par jour
ce qui lui permettait de fournir des coffres de machines et des pièces
pour la marine mais aussi rails, essieux roues et éléments
de ponts métalliques pour la nouvelle ligne de chemin de fer Lyon-Avignon.
Parmi ses nombreuses
améliorations techniques, il déposa un brevet pour les fours
à puddler.
Mais l'épineuse question du transport n'était toujours pas
réglée. Si le charbon de Rive-de-Gier arrivait par chalands
sur la Gère, le fer venait de Saint-Quentin par charrettes ce qui
augmentait le coût et imposait une rotation incessante de petits
chevaux trapus.
Lors de l'attribution de la ligne Lyon-Avignon, on discuta deux tracés
d'embranchements en direction de Grenoble : celui de Grenoble à
Vienne (plus court mais plus couteux) et celui de Grenoble à Valence
(plus facile à réaliser). Victor
se lança avec ferveur dans une nouvelle campagne en faveur du premier
; Pour ne pas transiger entre les Isérois et les Valentinois, en
octobre 1845 l'administration choisit un troisième tracé
: Grenoble - Saint-Rambert-d'Albon !
Mais Victor ne baissa pas les bras, il poursuivit
inlassablement son combat, bien décidé à forcer le
progrès. Il fit étudier à ses frais un tracé
Vienne-Bourgoin mais en vain ; le dépérissement de l'usine
se fit lentement le site connut encore des développements pendant
quelques années cependant pour Victor
cette impasse venait de sonner le glas de ses ambitions.
Après l'abdication
de Louis-Philippe, la République suspendit le développement
du chemin de fer et arrêta le programme maritime ce qui fût
un coup dur pour Pont-Evêque. Au mois
de mars 2 des 3 hauts fourneaux que comptait à présent l'usine
étaient éteints ; pourtant les ouvriers de Pont-Evêque
n'avaient pas participer aux troubles révolutionnaires car ils
avaient leurs habitations aux abords des ateliers, leurs jardinets pour
faire pousser leurs légumes, leurs écoles pour les enfants
et surtout ils gagnaient trois francs par jour, soit trois fois plus que
les ouvriers du tissage de la laine à Vienne.
Après le coup d'Etat de Louis-Napoléon-Bonaparte la reprise
fut rapide et brutale.
Jamais les affaires ne furent plus florissantes pour les maîtres
de forge, compte-tenu de l'abondance des commandes de rails.
Pour participer pleinement à l'embellie économique l'entreprise
eut besoin d'une nouvelle structure où Victor
garda la majorité absolue des parts. Mais rapidement il abandonna
la direction à son ami François de La Selve pour passer
quatre mois de l'année à Pau.
Pour lutter contre le libre échange, 400 maîtres de forges
et industriels se regroupèrent en 1860, dont Victor
et le député Eugène Schneider ; Napoléon III
refusa de recevoir la délégation mais invita Victor
à Compiègne où il ne put entretenir l'empereur des
dangers de la concurrence étrangère. Dans les mois suivant
les frontières s'ouvraient.
En février 1860 Victor se fit adouber
chevalier de l'ordre de Saint-Sépulcre de Jérusalem pour
couronner sa dévotion sincère et par reconnaissance pour
les dons faits à l'église. Selon la tradition Victor
fit serment de défendre la veuve et l'orphelin, de demeurer disponible
pour défendre l'Eglise et d'assister quotidiennement à la
messe. A son retour il trouva l'empire en pleine agitation politique.
En 1867, tous les
Frerejean étaient à Paris pour participer à l'exposition
universelle.
Les forges de Cran exposaient leurs fers au magnésium et celles
de Pont-Evêque des roues et des essieux
de wagons, des chaudières de locomotives, des poutrelles de ponts
métalliques et des plaques de blindage de navires.
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Son fils Georges
s'engagea à 23 ans dans l'armée pour la durée de
la campagne d'Italie.il revint de Solferino avec le grade de sergent mais
changé.
Il s'enrôla dans les zouaves pontificaux puis défendit courageusement
la patrie en 1870 avant d'être un riche célibataire insouciant
entres chasse à courre, réceptions mondaines et pèlerinages
à Rome.
Après la mort
de son épouse Madeleine, Victor se
retira dès 1876 en Savoie au château de Montrottier et mourut
en 1886.
Sous la férule
de nouveaux propriétaires les hauts fourneaux s'éteignirent
et l'usine ne produisit que de la fonte moulée, ayant produit avec
succès des blindages de cuirassés.
La faiblesse des investissements, la baisse des commandes ferroviaires,
le manque de réserve et les pertes accumulées eurent raison
de l'entreprise le 15 décembre 1888.
* D'autres forges
existaient dans la région :
- les frères Meunier : affineurs d'acier ;
- Vincent Plantier : fondeur de fer ;
- Etienne de Blumenstein, sur l'île de la Roche sur la Gère,
inspecteur général des Mines, fondeur de Plomb, métallurgiste
accompli mais piètre gestionnaire.
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Bibliographie:
Eric Frerejean : article sur le web
Alain Frerejean / Emmanuel Haymahn : Les maitres de forges - Albin Michel-avril
2003
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