Usine de la Gère*

En 1850, Jean Cartallier loue ,entre le moulin à grains et la fonderie des frères Frèrejean, les terres de Denis Crapon (maire de Pont-Évêque), afin de créer une papeterie mécanique à Pont-Évêque : la papeterie de Mornes. La machine provient de Leveau. La mise en route se fait au cours de l’année 1851. Il s’entoure de sa famille pour exploiter au mieux l’usine dont plus particulièrement Claude et Antoine mais malheureusement ce dernier meurt en 1852.

Fin 1854, débute la fabrication d’un papier de pliage à base de chiffons et de paille qui deviendra la spécialité de la firme et ne cessera de prendre de l’importance.

En 1855, la Société Cartallier & compagnie participe à une exposition internationale où elle est récompensée. Dés cette date la papeterie de Pont-Évêque ne cesse d’augmenter sa production et de mettre au point de nouvelles sortes de papier.

Après la disparition de Jean Cartallier (1867), c’est son frère aîné Claude et son fils aîné Claude Vincent qui assurent la direction de la papeterie jusqu’en 1868/1870, puis Jérôme et Francisque (ses fils ).Après le décès de Jérôme le 7 avril 1889, Francisque prend seul la direction de l’usine. Le 30 juin 1890 il renouvelle le bail à ferme de la papeterie de Mornes avec Denis Alexandre Crapon.

En 1896, Francisque Cartallier est élu Maire de Pont-Évêque et son mandat se terminera en 1908.

Le 19 octobre 1899, une grande partie de l’usine est détruite par un incendie de cause inconnue.

Avant d’entreprendre la reconstruction de l’usine, Francisque Cartallier convaint Denis Alexandre Crapon de lui vendre la majeure partie des immeubles dont il était locataire (Ier mai 1900). La nouvelle usine est remise en route fin février 1901.

Francisque n’ayant eu que des filles, une société J. Cartallier & Compagnie est créée le 13 juillet 1912 et est administrée par ses gendres Louis Leydier (qui fut à son tour Maire de Pont- Evêque de 1919 à 1925)  et Louis Guillermard.
Francisque Cartallier s'éteint le 3 novembre 1914 suite à une longue maladie.

En 1932, René Sibille se rend acquéreur de la papeterie, sous la dénomination "Tuboboite"; elle avait pratiquement cessé son activité de production de papier à base de paille pour la boucherie.

Le 15 avril 1938 la dénomination « Tuboboite » est remplacée par « Papeterie René Sibille » 

Dès l’acquisition de la papeterie, d’importantes modifications sont entreprises sur toute la ligne de production  pour la fabrication du papier cristal et la remise en état du matériel sérieusement délabré. Dans cette tâche, Victor Gaude fut d’une collaboration précieuse. 

Le papier cristal, à forte valeur ajoutée, fit la renommée des papiers Sibille.

En juillet 1939, associé à la société norvégienne Hansen & Cappelen, il prend en gérance l’ancienne papeterie Bouilly-Lecomte située à Vitry-sur-Seine.

L’usine fabrique alors des pèlerines »Sibille » en papier huilé pour la protection contre l’ypérite (elles ne seront jamais utilisées par nos soldats, mais pour la protection de la pluie pour les gens en vélos !).

Elle est pratiquement détruite suite à un bombardement allemand en Août 1944, ce qui permet de récupérer une machine allemande au titre des dommages de guerre. Pour des raisons de pollution, l’usine est définitivement arrêtée fin 1951 et sur les lieux libérés sont construits les bureaux de Vitry.

Pendant la période de la guerre , les usines de la Gère et de Gemens rencontrent des nombreux problèmes d’approvionnement et de personnels ; malgré tout la société assure les heures de travail, quitte à recourir à des travaux avec les Ponts et Chaussées.

Par ailleurs, René Sibille en tant que Délégué Général de la branche production-distribution contribue pendant cette période à défendre la profession et éviter la fermeture des usines souhaitée par les allemands.

 En 1947,René Sibille prend à bail la papeterie de Rottersac, usine dotée d’une antique machine , et l’absorbe totalement en 1952.

En 1966, Christian Sibille succède à son père comme PDG de la Société et s’emploie au développement de la Société en étant continuellement à la pointe des innovations avec la préoccupation permanente de « qualité, service, respect des hommes et des engagements ». Pour cela, il crée le Centre de Recherche en étroite collaboration avec l’usine de la Gère( ex papeterie de Mornes).

Le 9 septembre 1972, mise en route de la Machine VI Allimand.

En 1977, regroupement de l’activité papetière entre les Papeteries René Sibille et les Papeteries Stenay qui prend alors le nom de « Papeteries Sibille Stenay » ;

Le nouveau groupe dispose ainsi de 3 usines, 6 machines à papier et une capacité totale de 150 000 tonnes de papier/an avec un effectif de 850 personnes.

Pour être moins vulnérable à la concurrence européenne, il était impératif que la société augmente sa capacité de production en diversifiant ses marchés.

En juin 1990, formation du groupe Sibille Dalle sous la présidence de Christian Sibille.

Devant l’internationalisation de la profession, l’entreprise familiale finlandaise AHLSTROM prend des actions dans le groupe, puis à l’automne 1996, rachète toutes les papeteries, le centre de recherche sur les papiers spéciaux et l’ensemble des propriétés attenantes aux usines.Le groupe dispose ainsi de37 usines, 38 machines et 5300 personnes.

En 2007, l'Usine de la Gère envisage de nouvelles augmentations de capacité de production.

 ** Alain Brieu - La papeterie de Pont-Eveque (1835-1977) - Medcom -4 ème trim. 2002