La Vallée de la Gère

A travers la vallée encaissée de la Gère et la voie gallo-romaine qui la suivait et empruntait ensuite celle de son affluent (la Véga), en direction de Bourgoin-Jallieu (Septème, septième borne sur ce parcours, en conserve la mémoire), la cité fut aussi en relation avec les Alpes dauphinoises. La vallée de la Gère devint ainsi partie intégrante du paysage viennois.

A la fin du IIIe millénaire av. J.-C., les hommes du néolithique s'installèrent sur le coteau Sainte-Hélène.

Au Ve s. av. J.-C., les Allobroges occupèrent le promontoire qui se trouve entre la vallée de la Gère et celle du ruisseau Saint-Marcel, constituant là le noyau originel de la ville.

La fortune de Vienne commença comme poste avancé de la domination romaine.

Elle s’appuya sur l’exportation de produits tels que le blé et le vin.

Dès le début du Ier siècle, un réseau d'aqueducs, incorporés dans des terrasses artificielles sur les berges de la rive gauche de la Gère, déversait plus de 100 000 m3 d'eau par jour dans toute la ville ; Plus tard ces eaux ont fait l’objet de nombreuses discussions entre la ville de Vienne et les industriels de la vallée de la Gère.

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Un pont à arche unique et à dos d'âne enjambe la Gère ; Sa reconstruction est datée des dernières années du XIVe siècle ; il succéda à un ouvrage plus ancien, qui assurait la liaison entre le faubourg de Saint-Martin et le quartier de Cuvière (rive gauche de la Gère). Du Moyen Age jusqu’au XVIIIe siècle, l’activité économique, dominée par l’agriculture et l’artisanat, n’assura plus à la Vienne un rôle marchand aussi intense que durant l’Antiquité. Toutefois, les berges de la Gère étaient le lieu d'activités diverses :

                                                                  vienne, pont roman sur la Gère

- Des installations portuaires fréquentées par la petite batellerie, assuraient une mise à l'abri des bateaux en cas de débordement du Rhône : à l’embouchure de la Sévenne (port aux princes), en amont de l’embouchure de la Gère (port de Malconseil, des môles, de la pêcherie), et en aval de la rivière (ports des étuves, Plantier, Saint-Ferréol, de la Pignière et du colombier).

                                                                                    vienne, confluence Gère-Rhône

- L'abattage des bœufs sur le côté sud-est de la place Saint-Louis , au port du Mouton sur la rive gauche de la Gère face au port de la Pêcherie, la pierre et la place du Bacon (où étaient écorchés porcs, chèvres, au quartier de Cuvière). La viande était ensuite commercialisée dans le marché voisin des boucheries ( la rue Teste du Bailler -ancienne rue des Bouchers). Dès le début du Moyen Age, la force motrice du cours d'eau a déterminé la vocation industrielle de la vallée, et en a conditionné le paysage architectural.

Des chaussées, équipées d'écluses et formant barrage, dérivaient les eaux dans des canaux ou biefs au long desquels s'établirent ateliers, manufactures et, plus tard, usines.

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Les moulins, équipés de grandes roues à palettes, fonctionnèrent pour les productions les plus diverses moulins à grains, moulins à battoir pour le chanvre, moulins à foulons ou gauchons pour fouler les draps qui, avant l'installation de la première manufacture de draps à Saint-Martin au début du XVIIIe siècle, étaient fabriqués à l'extérieur de Vienne, moulins de taillandiers ou de forges (dits artifices ou martinets) pour les lames d'épées déjà célèbres en France à la fin du XVe siècle et les ancres, et encore moulins à papier.

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Dans les années 1720, François de Blumenstein créa sur l'îlot de la Roche la première fonderie servant à réduire le minerai de plomb. Dans la même décennie furent ouvertes les deux premières manufactures textiles, Buisson et Charvet (Manufacture Royale en 1763). Le XVIIIe siècle vit aussi l'implantation des forges d'Antoine Frèrejean à Pont-Évêque, en 1774.

L'industrie fut lainière dès l'Antiquité. S'y ajoutèrent le papier et les épées au XV siècle, la fonderie au XVIIIe, mais c'est au XIXe que l'industrie prit un envol étonnant grâce à nouveau à la laine. Le point de départ est l'invention, en 1838 du drap renaissance qui utilise des laines usagées qu'on effiloche et auxquelles on ajoute des mèches de bonne laine neuve et quelques fils de coton ou de soie. Ce drap solide et bon marché sera vite adopté pour les troupes. L'expansion lainière fut dirigée par un patronat dynamique d'origine viennoise (Bouvier, Pascal) ou régionale. Mais la très rude existence du prolétariat employé explique la précoce poussée du socialisme à Vienne : socialisme utopique de Cabet vers 1845, dont le succès fut tel que plusieurs Viennois iront en Icarie, la société idéale de Cabet fondée aux Etats-Unis, puis socialisme marxiste qui organisa de grandes grèves à la fin du XIXe siècle (novembre 1899 dans la firme Pascal-Valluit ).

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Pendant toute la première moitié du XXe siècle, l'industrie lainière viennoise, arrivée à son apogée,reste faite d'entreprises à capitaux locaux, les unes intégrées, les autres spécialisées dans la filature ou le tissage. Les plus puissantes, comme les Etablissements Réunis (ex-Pascal-Valluit) et Vaganay offrent une gamme très étendue de réalisations sociales inspirées du christianisme social, tel le "Kemp" logements pour les ouvriers arméniens à Estressin ou le "150"(rue Lafayette) où les employés de Pellet pouvaient trouver l'électricité et l'eau courante et bénéficier de jardins potagers. En 1935 il y a 7200 employés dans le seul textile, alors que Vienne compte 8 200 ouvriers. A partir de 1950, une crise décisive s'abattit sur la vieille industrie lainière viennoise : en 8 ans, de 1950 à 1958, ses effectifs tombent de 6085 à 3 746 employés. La nouvelle municipalité fera un gros effort pour opérer une reconversion industrielle, en créant en 1960, avec les six communes limitrophes, un district urbain qui aura les grands espaces plats nécessaires à l’implantation de nouvelles industries : CCMC en 1962, Calor en 1964, Orlac en 1965, en tout 2 500 emplois nouveaux. Pourtant la crise du textile se poursuivit inexorablement : les Etablissements Réunis fermaient en 1966, Vaganay en 1971, faisant disparaître 1300 emplois. Seules la filature Dyant se maintint jusqu'en 1994 et les tissages Charnay- Seguin jusqu'en 1987. Le textile viennois s’est trouvé broyé tout à la fois par les fibres synthétiques nouvelles, la concurrence des lainages italiens, l'émiettement des entreprises et l'insuffisance de réinvestissement industriel des profits. Les eaux de la Gère, si bénéfiques pour le développement de l'industrie viennoise, ont aussi, par leur brutalité et la soudaineté de leurs crues, causé bien des catastrophes et des ruines économiques ; deux inondations furent particulièrement néfastes, celles d'octobre 1544 et d'octobre 1841, qui emportèrent ou endommagèrent les installations industrielles, les ponts ou les maisons riveraines.

De toutes les industries textiles ou métallurgiques qui provoquèrent l'essor démographique de la ville aux XVIIIe et XIXe siècles, ne restent plus aujourd'hui que les fantômes de ces usines dont l'activité a fait de ce quartier ouvrier l'un des plus animés de la ville, jusqu'au milieu du XXe siècle.

Plusieurs bâtiments de la vallée de Gère, pour la plupart désaffectés après la crise industrielle, illustrent l'effort de réhabilitation :

-une première vague de rénovation initiée par Louis Mermaz (rénovation de certaines maisons du front de Gère, transformation de l'usine Vaganay en salles de sports et de l'usine Teytu en appartements H.L.M. ) se poursuit à l’aube du XXI ème s. par la réhabilitation de nombreux ateliers en appartements Loi de Robien.

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De nos jours, les eaux de la Gère sont redevenues propres et sont un lieu de pêche 1ère catégorie pour la truite fario avec un parcours no-kill

 

La Vallée de la Gère
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