Vienne,
Viille d'Art et d'Histoire
d'après Pierre Cavard

 
" Un amphithéâtre de collines que baigne le Rhône : tel est le site de Vienne. Venant de Lyon par la rive droite, le voyageur émerveillé voit tout un coup surgir devant lui cette conque naturelle d'un dessin si pur, où les broderies de la pierre mettent leurs notes vives. Depuis les façades des quais c'est un étagement de toits, dociles aux inflexions du sol et qui monte sans heurt, d'une suite continue, jusqu'à la ligne de faîte. Ainsi Vienne se tourne du côté de l'occident ; mais elle subit également l'attirance du midi. Le Rhône, qui l'a sculptée dans le schiste, lui ouvre la voie vers les pays du soleil : à l'arrière plan les hauteurs qui l'épaulent se redressent, avant d'aller plus bas arrondir leur courbe.

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La vision s'élargit : au creux de la vallée, le fleuve coule parmi les bouquets de saules et les peupliers de ses rives ; puis les pentes s'élèvent et les contreforts des Cévennes ondulent dans le lointain. C'est un tableau qui s'ordonne de lui-même en perspective linéaire et dont le massif du Pilat dentelle l'horizon. Paysage de mesure et de douceur où le ciel, la terre et l'eau accordent leurs vibrations lumineuses, et cependant aux traits assez fermes pour écarter tout soupçon de mollesse. Cette grâce un peu sévère, n'est-ce pas déjà en quelque sorte le " soave austero " des peintres et des paysages florentins. A cette beauté élémentaire s'en ajoute une autre qu'on peut dire humaine puisqu'elle est l'oeuvre de l'homme. Le passé de Vienne est plus de deux fois millénaire et cette pérennité implique une richesse historique qui est en soi un titre de gloire. Pourtant si ce n'était qu'affaire d'érudition, si les livres seuls en rendaient témoignage, il serait sans doute assez vain d'en faire état et de s'exalter sur des grandeurs défuntes qui ne seraient plus perceptible aux regards. Par bonheur il n'en n'est rien.Vienne a gardé ses edifices représentatifs où chaque époque a laissé son empreinte, ses conceptions; et les ruines elles-mêmes y parlent à l'esprit. Ce sont des témoins dispersés de civilisations différentes entre lesquels le temps a établi des rapports de bon voisinage, une harmonie de couleurs et de formes, un air de famille. Si bien qu'au lieu de ressembler à un musée en plein air ou à un répertoire de choses mortes, ils donnent l'impression de participer encore à la vie collective de la cité. "
*( Chanoine officiant, érudit et historien, l'un des meilleurs connaisseur de l'histoire de cette ville et du dauphiné).


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